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Nicaragua - Matagalpa


de Fred, 31-07-2008

Le quetzal


Un chemin bucolique longe des prairies qui sont autant d’invitations à pique-niquer, des aras aux plumes multicolores nous saluent de leurs cris stridents et un agouti traverse à toute vitesse le chemin qui nous mène vers la pyramide de la place principale : nous voici à Copan, Honduras, magnifique site maya réputé entre autres pour ses sculptures. Comme à Tikal, les ruines sont disséminées dans la verdure et les oiseaux nous entourent. C’est moins sauvage et moins propice à l’observation des animaux mais le site archéologique est davantage à taille humaine. Nous déambulons lentement au milieu des vieilles pierres, observons attentivement les stèles aux effigies des rois qui portent de curieux noms, comme l’insolite « Lapin 18 » qui régnait ici au 8ème siècle après JC. Pour la dernière fois du voyage, nous plongeons dans l’histoire de ces mayas qui décidément sont bien mystérieux, tout en goûtant la douceur du climat de Copan, on se sent bien.

C’est sous une averse tropicale impressionnante que nous faisons escale à La Ceiba pour une nuit. Emmitouflés dans nos capes de pluies amazoniennes, nous partons acheter crème solaire et lotion anti-moustiques avant de partir le lendemain sur l’île de Roatan, en priant pour ne pas avoir ce type de temps à la plage. Et c’est finalement sous un soleil radieux que le chauffeur de taxi nous emmène au port le lendemain matin, où nous embarquons sur le « Galaxy Wave », gros catamaran qui rejoint Roatan en 1h30. Inutile de prendre un cachet anti-nausée, nous dit le chauffeur de taxi, la mer sera comme une piscine ce matin… Une heure plus tard, Pierre, dont le teint oscillait entre le blanc et le vert, maudissait ce crétin.

A Roatan, pour la première fois depuis longtemps, nous nous posons. Au programme : plongée sous-marine pour Pierre, plage et bronzette pour les deux. Confortablement installés dans un charmant petit bungalow perdu dans la végétation, nos activités se limitent aux allers-retours entre la plage et la maison et à la lutte sans merci avec les bien-nommés « zanculos », saloperies de puces des sables dont les piqûres démangent dix fois plus que celles des moustiques…

Après cette parenthèse aux forts accents de citronnelle mais néanmoins très sympathique, notre prochaine étape sera le lac de Yojoa, recommandé pour l’abondance des espèces d’oiseaux qui vivent dans le coin. Notre Saint Graal est évidemment le quetzal, extrêmement difficile à voir car rare, timide, et la plupart du temps perché très haut. Mais il est présent dans la région et on y croit. A défaut, nous sommes près à nous contenter de trogons, de motmots, de toucans et autres volatiles colorés dont seule l’Amérique centrale semble avoir le secret. Nous partons, optimistes, vers le parc national Cerro Azul Meambar, où nous empruntons un sentier de randonnée traversant la forêt primaire. Nous transpirons à grosses gouttes peu après le début, sur le chemin qui s’élance en pente raide jusqu’à un mirador. Malheureusement rien à se mettre sous la dent, il est vrai que la matinée est déjà bien avancée, c’est sans doute trop tard pour les oiseaux. On se rabat sur les colibris, artificiellement attirés par de petits réservoirs d’eau sucrée à l’entrée du parc, mais le spectacle est tout de même fascinant. Le lendemain matin, Pierre se lève à l’aube pour aller observer les oiseaux autour de notre hôtel, mais revient un peu déçu : pas grand-chose, hormis un motmot qui joue avec ses nerfs en apparaissant puis disparaissant aussitôt, ne se laissant jamais photographier.

Après cette étape peu concluante, il est temps de se diriger vers le Nicaragua, où notre premier objectif est la ville coloniale de León. León où la chaleur est absolument accablante, mais où les vieilles bâtisses coloniales décrépies ne manquent pas de charme, et où flotte encore un parfum de révolution. On aime beaucoup l’atmosphère qui règne à León, ville fière de ses enfants qui sont morts pour la liberté, ville qui se remet lentement de ses blessures, paisible et pleine d’espoir. Nous rencontrons Patrice, ancien patron de PME parisienne reconverti en gérant de laverie, parfaitement heureux d’avoir tout plaqué pour venir passer sa préretraite ici, et plus si affinités. Patrice nous convainc de rester un peu plus longtemps dans la région, et nous succombons. Demain, nous irons passer la journée à la plage, puis mardi matin nous visiterons le superbe musée de peintures de la fondation Ortiz. Indéniablement, nous ressentons un attrait pour le Nicaragua, ou alors c’est peut être juste León qui nous a tapé dans l’œil ?

Nous partons finalement pour la région de Matagalpa, capitale du café. Pour des amateurs de nectar noir comme nous, c’est l’occasion ou jamais d’aller visiter une exploitation. Nous arrivons en fin de journée, dans un climat beaucoup moins ensoleillé et surtout beaucoup plus frais, mais les paysages verdoyants et vallonnés sont très beaux. Le lendemain, nous nous rendons à la Selva Negra, plantation de renom appartenant à une famille d’origine allemande, installée là depuis la fin du 19ème siècle. Le cadre est somptueux, avec ses champs de café disposés au pied d’une forêt primaire protégée, où vit encore le fameux quetzal. Les propriétaires ont aussi développé une activité touristique, accueillant leurs hôtes dans de jolis petits cottages bavarois dispersés dans la nature, au bord d’un lac où nagent des oies blanches. Bucolique à souhait… Nous allons nous promener dans la forêt et là, en moins de deux heures, avons le bonheur d’observer quelques oiseaux exotiques comme le « ranchero », au chant incroyable, ou encore des toucans. Pierre s’écrie tout à coup : « regarde, c’est incroyable, un quetzal ! » Non, fausse joie, mais nous avons tout de même sous les yeux un oiseau au plumage magnifique, avec un torse rouge vif et un dos turquoise : le trogon. Malheureusement, nous devons en rester là car la visite guidée de la plantation de café commence. Nous aurons beaucoup de mal à nous extirper de cet endroit en fin de journée pour regagner notre hôtel situé en ville, 12 km plus bas.

Alors que la voie de la sagesse, compte tenu du temps qui nous reste en Amérique centrale, serait de filer vers le sud, nous repartons le lendemain vers la Selva Negra, cette fois-ci avec nos gros sacs à dos, bien décidés à y passer la nuit. Malgré la pluie, nous retournons nous promener dans la forêt, puis dans la plantation. Cet endroit est magique, on est sous le charme… Nous rencontrons le propriétaire des lieux, Eddy Kuhl, un homme d’une grande simplicité et d’un grand charisme à la fois. Nous lui parlons de notre tour du monde, lui nous raconte l’histoire d’un duc français qui est venu exploiter le café à Matalgalpa à la fin du 19ème, après avoir fui notre pays suite à une affaire de mœurs, en maquillant son départ en suicide…

Le lendemain matin, nous arpentons de nouveaux les sentiers de la forêt, cette fois-ci à 6h00 du matin, à la recherche du quetzal et de tous les autres oiseaux qui peuplent l’endroit. Malheureusement, tout est un peu trop calme sur le sentier « Romantico », pourtant prometteur. Nous apercevons notre trogon de la veille, toujours aussi haut perché et bougeant sans cesse… Le ranchero chante à tue-tête mais impossible de le localiser. Quant au toucan, il est absent ce matin. Nous décidons alors d’emprunter le sentier « Peter et Helen » qui grimpe en pente raide vers les confins de la propriété. Les cimes des arbres les plus hauts sont dans les nuages, nous sommes au cœur de la zone d’habitat du quetzal et ouvrons grands les yeux. Peu à peu, le chemin devient plus humide et nous commençons à marcher dans la boue. Impossible de regarder en l’air, il faut absolument se concentrer sur ses pieds d’autant que le chemin est étroit. Pierre me devance. Malgré son pas assuré, je vois soudain son pied droit glisser dangereusement vers le fossé. Il choisit une mauvaise branche pour se rattraper, pleine d’épines. Aie, aie, aie ! Il continue à glisser et esquisse une sorte de grand écart tout en choisissant un petit arbuste pour stopper sa chute, mais celui-ci, hyper humide et trop frêle, plie et casse sous le poids de Pierre qui termine alors son infernale figure acrobatique par un vol plané de 3 mètres environ, avant de s’écraser la tête la première contre un arbre…

Tout cela s’est passé en quelques secondes, et heureusement il y a eu plus de peur que de mal. Sonné mais sentant qu’il est toujours entier, Pierre se relève doucement et nous reprenons notre lente montée vers la forêt de nuages. Les oiseaux semblent absents, hormis deux trogons qui font encore une apparition éclair, mais nous insistons. Le terrain est de plus en plus difficile, on patauge dans la boue et dans les feuilles mortes. Nous décidons tout de même d’atteindre le sommet de la colline, où nous devrions trouver un nouveau chemin sur la crête, qui en toute logique sera plat. Mais non, ça ressemble plutôt à des montagnes russes, et nous voici bientôt devant une succession de virages en descente. Nous devons nous accrocher aux arbres de chaque côté du chemin afin de ne pas glisser dans la boue et arriver directement en bas. Bientôt pourtant, il nous faut rebrousser chemin et reprendre « Peter et Helen » dans l’autre sens. On se demande bien qui sont ses « Peter et Helen » qui ont pu donner leurs noms à un chemin aussi chaotique, et disons-le, on les maudit. En redescendant, nous essayons de nous focaliser sur le but de notre présence ici : les oiseaux, qui malgré nos efforts se font plutôt rares. Bientôt, Pierre repère à nouveau deux trogons et se poste à un endroit stratégique pour les observer à la jumelle…endroit stratégique à plus d’un titre, puisque notre ornithologue en herbe réalise rapidement qu’il a les deux pieds sur une fourmilière. Les morsures ne tardent pas à se faire sentir, les fourmis sont entrées par les jambes du pantalon. Il ne reste qu’une chose pour être efficace : retirer le pantalon et le secouer. Et c’est ainsi que Pierre se retrouve en caleçon et en chaussures de rando, au beau milieu d’un chemin forestier de la route du café… Curieux et amusés ( ?), une bande de pécaris vient se délecter du spectacle, puis, le chef de bande ayant donné l’alerte, repart sans demander son reste… J’avoue qu’à ce moment, je me trouvais moi aussi en petite culotte sur le chemin car les fourmis ne m’avaient pas oubliée, priant pour ne pas croiser d’autre touriste, et me demandant ce qui pouvait bien se passer dans la tête des pécaris… Et c’est ainsi s’achève notre quête du quetzal !

Redescendus sur des chemins plus hospitaliers, nous tentons encore de guetter le toucan ou le trogon, mais rien à faire. Hormis le ranchero, venu chanter pour nous en guise d’au revoir, pas d’autre oiseau. Il est 10 heures du matin et nous devons rebrousser chemin. C’est dommage, ce matin nous n’avons pas eu la baraka. Abattus, nous sortons de la forêt et devons nous résoudre cette fois-ci à quitter cet endroit pour de bon mais nous partons sereins, heureux d’être revenus passer plus de temps à la Selva Negra. Le taxi nous emmène vers la gare routière où nous attend le bus pour Granada. Ce soir, retour à la civilisation.

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