Accueil
  Accueil > Récits de voyage > journal de voyage
   
 

 
Bolivie - La Paz


de Fred, 11-05-2008

Chapeaux melons et alpaga


« Ouvrez la bouche, je vais faire une radio de cette molaire ! », me dit le dentiste. Je suis à Sucre, grande et élégante ville coloniale, capitale de la Bolivie. Depuis quelques jours, je ressens effectivement une douleur sur une molaire, mais ne peux m'empêcher de sourire en pensant au ridicule de la situation : ai-je une carie à Sucre ?!!!

Tout avait pourtant bien commencé en Bolivie, en particulier la traversée du salar d'Uyuni, le plus grand salar du monde avec ses 12000 km carrés d'intense blancheur. Avant d'arriver au salar à proprement parler, et de dormir dans un véritable hôtel en sel, nous avions parcouru des dizaines et des dizaines de kilomètres dans des paysages très variés mais souvent désertiques, ponctués de lagunes aux couleurs extraordinaires. Du blanc, du bleu, du vert turquoise, puis de l'orange, du rouge, du pourpre. On en prend plein les yeux à la Laguna Colorada, où nous nous arrêtons pour passer la nuit. On nous avait promis d'y passer la nuit en refuge la plus froide de notre vie, aussi avons-nous pris les devants et loué un sac de couchage, en plus des cinq couches de couvertures de nos lits et de nos sous-vêtements thermiques. Pourtant, en pleine nuit, nous nous réveillons dans une fournaise et devons enlever une ou deux couches afin de pouvoir nous rendormir dans de bonnes conditions. Nous partageons notre dortoir avec nos compagnons de jeep, deux suisses allemands, une allemande et une anglaise, un peu plus chaleureux que la température extérieure (3 ou 4 degrés tout au plus). En revanche, le bon côté des choses est leur ponctualité et leur discipline, mais pour la rigolade, il vaut mieux attendre d'autres rencontres... A la fin du voyage, nous faisons halte pour la nuit à Uyuni, ville assez déprimante au milieu de nulle part, et achetons nos billets de bus pour partir le lendemain à Potosi.

Potosi, 4000 mètres d'altitude. Désormais nous sommes habitues à manquer d'oxygène, mais nous ne souffrons pas de maux de tête ou nausées. Nous ressentons juste un fort essoufflement lorsque nous devons monter des rues assez pentues ; nous qui marchons d'un bon pas à Paris avons appris à ralentir la cadence sous peine d'avoir la tête qui tourne. Nous mettons en place notre plan « haute sécurité » pour éviter les vols à la tire malheureusement plus courants qu'au Chili : laisser un maximum d'objets de valeur à l'hôtel et porter deux ou trois pochettes secrètes sous nos vêtements, afin de se balader les mains dans les poches... Toutefois, nous ne ressentons pas la moindre insécurité à Potosi. Nous sommes d'ailleurs plutôt sous le charme de notre première ville coloniale bolivienne, qui nous offre l'occasion de nous sensibiliser avec l'art baroque métis. Les portails des églises sont magnifiquement travaillés, sans parler des retables et des peintures. Nous découvrons également pour la première fois les marchés boliviens, avec leurs marchandes aux milles jupons, aux bas de laine et chaussures plates, aux chapeaux melons portés très haut sur leurs cheveux tressés. Sans doute l'expression la plus accomplie de l'anti sex appeal, le remède absolu contre le désir amoureux, mais ç a reste un tableau pittoresque et charmant.

Quelques jours après cette plongée dans l'art colonial et dans les mines d'argent de Potosi pour Pierre - ces mines qui ont fait la fortune de l'Espagne et de toute l'Europe sont toujours exploitées, sondées sans relâche par des hommes et des adolescents dans l'enfer de poussière et de chaleur d'un Germinal moderne - nous partons en taxi pour la capitale Sucre avec René Louis, journaliste à Radio Canada. C'est la veille du 1er mai, on nous promet pour le lendemain des manifestations, des pétards et surtout, la fermeture de tous les sites intéressants. Ca tombe bien, je ne suis pas en forme avec ma douleur dentaire. Vendredi 2 mai, je dois absolument consulter un dentiste, mais où aller ? Il y a des cabinets dentaires plein les rues à Sucre, mais l'idée de me retrouver devant un dentiste bolivien ne m'enchante guère. Nous avons alors la riche idée de frapper à la porte du consulat de France, où Mme le Consul nous reçoit fort gentiment et nous donne les coordonnées du meilleur praticien de la ville.
« Quand rentrez-vous en France ? », me demande le docteur Rendón. « Dans 3 mois ! ». « Combien de temps restez vous à Sucre, il faut refaire cette couronne ?! ». A ce moment, je devais être blafarde... Pourtant, le docteur Rendón et sa femme, également dentiste, tous deux adorables et manifestement très compétents, me prescriront des antibiotiques et tout rentrera dans l'ordre.

Nous pourrons poursuivre notre visite des principaux monuments et musées de la ville, et nous rendre au marché de Tarabuco, soi-disant haut en couleurs. Pour tout dire, nous resterons un peu sur notre faim. L'endroit est très touristique et les indiens refusent d'être photographiés : une marchande de légumes jette une carotte sur Pierre qui tente discrètement de tourner un petit film du haut d'un escalier. Puis une deuxième carotte le frappe dans le dos. Pierre récupère le projectile et le balance à son tour sur l'ennemie. Une bataille de carottes s'engage alors, nous décidons finalement de quitter les lieux avant que la situation ne s'envenime...

Nous n'irons pas plus à l'Est du pays, même si cet « Oriente » ne semble pas manquer de saveur. Le pays tout entier ne parle plus que du référendum organisé ce week-end par la province de Santa Cruz, souhaitant ni plus ni moins devenir indépendante du reste du pays et garder ses richesses (les puits d'hydrocarbure y sont regroupés) pour elle toute seule. Pauvre Bolivie, une fois de plus menacée, manipulée et spoliée au nom de l'intérêt financier et politique de quelques uns... Situation irrationnelle qui promet quelques troubles dans la rue que l'on sent assez prompte à s'enflammer. On évitera ces problèmes en remontant directement vers le Nord.

Changement de décor après une nuit de bus, nous arrivons à Cochabamba. Nous sommes redescendus à 2500 mètres d'altitude et la température est clémente. On peut même se promener dans la ville en T-shirt, le rêve ! Le but de notre visite à Cochabamba est un autre marché, apparemment très typique. Malheureusement, au moment de nous y rendre, nous apprenons que les routes des environs sont bloquées à cause d'un des nombreux conflits sociaux ou ethniques secouant le pays, ce mode de protestation étant particulièrement appréciés des manifestants boliviens. Résultat des courses, nous oublions le marché, qui de toute façon n'a lieu qu'une fois par semaine, et décidons de partir - si c'est possible - pour La Paz. Le lendemain, la voie est libre.

La grande ville est curieusement située dans une espèce de trou au milieu de l'Altiplano, on se demande qui a bien pu avoir l'idée d'établir une ville dans un endroit pareil... La circulation est épouvantable, on se croirait à Paris. On est à 4000 mètres et on étouffe à cause des gaz d'échappement, quelle ironie ! Mais La Paz recèle quelques monuments coloniaux intéressants et surtout, c'est le paradis du shopping pour qui cherche des vêtements en alpaga à bon prix. Alors que nous ne sommes pas des adeptes du lèche-vitrines en France, nous attrapons une fièvre acheteuse et passons une journée entière à faire les marchés et les boutiques. Et c'est ainsi que nous nous retrouvons à la poste principale un samedi matin, pour envoyer un colis de 6 kg vers la France. Un peu honteux d'avoir fait des courses au lieu de se cultiver, nous décidons alors d'aller visiter un site archéologique important, à une quarantaine de kilomètres. Une heure plus tard, notre minibus se retrouve bloqué sur la route près de laquelle se déroule une grande fête populaire, au son des fanfares. Les boliviennes sont venues endimanchées et les hommes, quand ils ne sont pas musiciens, s'apprêtent à revêtir des costumes à paillettes. Nous descendons du bus et nous approchons, prenons des photos. De toute façon, nous risquons d'être bloqués pendant un bon moment. Tout à coup, alors que nous sommes montés sur la colline pour mieux observer le défilé, la circulation reprend. Nous courons vers notre bus mais trop tard, il est parti sans nous. Finalement, nous resterons à la fête, parlerons et boirons de la bière avec les boliviens qui nous invitent à nous joindre à eux. Tant pis pour la culture...

Nous quittons La Paz bons copains, mais il est temps de refaire nos sacs car demain, en guise d'introduction à notre proche périple péruvien, le lac Titicaca nous attend.

Commentaires sur cet article
Christian RAQUIN
La fièvre acheteuse dont vous êtes atteint, risque de durer jusqu'à Lima et l'Equateur .Quant à ce que vous avez adressé en France , je vous conseille de faire mettre de l'anti mites le plus rapidement possible . nous connaissons bien le problème???
 
Christian RAQUIN
La fièvre acheteuse dont vous êtes atteint, risque de durer jusqu'à Lima et l'Equateur .Quant à ce que vous avez adressé en France , je vous conseille de faire mettre de l'anti mites le plus rapidement possible . nous connaissons bien le problème???
 

Ajouter votre commentairee
       
 
Retour aux autres articles du journal Imprimer cette page Envoyer cette page


Dernières actualités
20/09/2008 : Une semaine de travail ordinaire
22/08/2008 : Du Pacifique à l'Atlantique : les tortues
31/07/2008 : Le quetzal
17/07/2008 : Maya Party
11/07/2008 : Les îles Galapagos, à la découverte du mythe (2ème partie)
04/07/2008 : Les îles Galapagos, à la découverte du mythe (1ère partie)
20/06/2008 : Chroniques de l´Amazonie sauvage (2eme partie)
05/06/2008 : Chroniques de l'Amazonie sauvage (1ère partie)
26/04/2008 : Entre ciel et désert
30/03/2008 : Péchés mignons à Chiloé
21/03/2008 : Patagonie mon amour
05/03/2008 : De Pâques à Los Condes
23/02/2008 : Grand bleu
12/02/2008 : Bol d'air à Luzon
02/02/2008 : Sea, sun and business



Autres liens :

Tags

uyuni - sucre - potosi - cochabamba - la paz - Chapeaux melons et alpaga - Bolivie - La Paz -
Offre d'emploi - Ajouter à vos favoris - Découvrez d'autres voyages - Créer un carnet de voyage
Copyright top-depart.com ©2002-2008 Tous droits réservés